(Chronique) Worlds Scariest Police Chases, se réinventer et se dépasser!


  • WORLDS SCARIEST POLICE CHASES

  • ABLUM 3
  • [LOCK & KEY]
  • Année: 2018 // Genre: PUNK ROCK

  • /

Près de 5 ans après la sortie de NOFX and Out Come the Wolves Dookie, Worlds Scariest Police Chases (WSPC) revient en force avec son 3e album… Ablum 3. Prononcer «Ablum» fait sonner n’importe qui un peu stupide, clairement le but du groupe à l’humour particulier.

Après une brève dissociation du groupe, les gars ont rembarqué dans le processus d’écriture sous le signe du conflit; le groupe mentionne que l’enregistrement aurait pu se terminer avec une bande d’amis qui s’entretue. Cette amertume transparait dans les textes et le son du LP; la grogne et la véhémence sont au rendez-vous.

Heureusement, c’est avec grand retentissement que le groupe à saveur hardcore-mélodique nous revient avec la puissance et le ton frappant et satyrique qui leur est accolé. Le groupe de Pittsburgh a enregistré la batterie et la basse, en même temps de peaufiner l’écriture et les démos, au David Klug Studios, où Rozwell Kid et The Minus Tide ont aussi enregistré. Pour le reste du processus, les guitares ont été enregistrées par le groupe avant de retourner faire les voix au David Klug Studios. Finalement, le mixe et la mastérisation ont été faits par Justin Francis au Sound Stage Studio, qui a vu passer Anti-Flag, Roger Harvey et Edhochuli.

L’album débute avec Modernbaseballiswar, premier extrait du LP. Distorsion incisive comme mise en bouche, rythme lent et inquiétant, aux sonorités s’apparentant parfois à Snapcase.

On y dénonce les «vrais» protecteurs de la scène punk qui jugent musique, style, habillement, valeurs et agissements de leurs pairs tout en contredisant leurs propres idéaux. Mindtrap est une autre pique à la scène punk contemporaine, remplie de gens qui dénoncent sans agir; une industrie que Worlds Scariest Police Chases juge trop souvent opportuniste et proche d’une gamique capitaliste. Le carillon dans la chanson s’agence à cette pièce accrocheuse et accessible, apportant une touche de légèreté aux grognements vocaux et au texte pesant.

My Death, premier élan de la vieille école du hardcore, oscillant entre couplets brutaux et refrains tempérés par une guitare berçante. Assez direct sur le fait que la mort est définitive, et que le mal que les autres te font subir n’aura pas d’importance rendu 6 pieds sous terre; une façon un peu crue de dire que vaut mieux ignorer nos détesteurs.

End of Everything (Grammy Me), sur l’impuissance et la souffrance devant la mort, possède une sonorité qui s’accroche au fatalisme des paroles; férocité adéquate pour un « circle pit ». Talk Shit, Get Shot, une brève pièce parlant d’abus de pouvoir des policiers, attisant les insultes pour provoquer la confrontation sous l’illusion d’une image politiquement correcte. No Friends attaque la classe blanche privilégiée aux idées rétrogrades. Peint une image peu reluisante du cliché de l’Américain qui défend son drapeau coûte que coûte malgré ses propos contradictoires.

Adolf Hipster, chanson que l’on peut retrouver sur l’EP du même nom (2015), comprenant Kid Rock comme invité vocal, grâce aux paroles que le groupe lui a empruntées : « Get in the pit and try to love someone ». Dénonçant ceux qui défendent les valeurs du politiquement correct d’une façon dictatoriale et qui enlèvent toute simplicité au mouvement punk. Le punk peut aussi simplement être plaisant : «Life is shitty, music is fun». Chaque segment de la chanson a une tonalité différente qui s’embranche harmonieusement, un noyau solide à l’album. Adolf Hipster est la pièce la plus complète du disque.

Sous la mélodie joyeuse de Trigger Warning se cache une insurrection contre ceux qui défendent la bravoure des abuseurs qui avouent leurs torts. Chanson criant allègrement que les actions de ces gens ne s’effaceront jamais pour leurs victimes. Avec How To Glean Everything, WSPC est à court de patience envers les défenseurs du politiquement correct; une écœurantite qui décape musicalement envers ceux qui se disent avoir «LES» bonnes valeurs au nom de tous.

Burdened by Stupidity est un discours sur la lâcheté des dénonciateurs qui se cachent derrière les réseaux sociaux. Supporté par une guitare principale, envoûtante, une force constante sur l’album, jouant en parallèle avec la voix, poussant les crescendos dans les transitions et donnant un sentiment d’urgence à la mélodie.

The Shape of Punk is Dumb, clin d’œil à The Shape of Punk to Come de Refused, offensive autant contre les libéraux que les conservateurs. Worlds Scariest Police Chases déplore les gens qui défendent leurs idées dans la complaisance, en se référant aux sources qui confirment leurs idéaux, sans analyser les deux côtés de la médaille. Waterfalls, pointant le pathétisme des gens qui prennent une vie rangée, conclut l’œuvre de façon grandiose. On y retrouve tous les éléments forts de l’album en une pièce : rapidité, intensité, colère, moments de calme avant la tempête et guitares endiablées.

Quand on lit rapidement le titre de l’album, on peut passer à côté de ce qui est vraiment écrit, tout comme dans l’image de Shintaro Kago, nos plaisirs quotidiens cachent souvent un côté plus sombre qu’on n’aperçoit pas à première vue. WSPC passe bien le message de ne pas s’arrêter au premier degré, au tape-à-l’œil.

Volubile, Worlds Scariest Police Chases ne passe pas par quatre chemins pour donner son opinion. Contrairement à l’humour juvénile et sarcastique auquel ils nous ont habitués, les textes sont plus sérieux et sans subtilité. Les cris de groupe, la distorsion mordante, les paroles ironiques, crues et politiquement incorrectes s’agencent pour créer la confusion chez les non-avisés.

Un album qui s’attaque autant à la droite qu’à la gauche, dénonçant l’hypocrisie et l’avarice sur la vérité absolue et les bonnes valeurs, ainsi que les idéologies fixes et imposées. Un album qui provoque intelligemment. Les amateurs de Brutal Youth et Pears seront comblés. Un hardcore rafraîchissant qui ne tombe pas dans le cliché. Le groupe sait très bien se réinventer et dépasser les attentes.

1. Modernbaseballiswar
2. Mind Trap
3. My Death
4. End of Everything (Grammy Me)
5. Talk Shit, Get Shot
6. No Friends
7. Adolf Hipster
8. Trigger Warning
9. How To Glean Everything
10. Burdened by Stupidity
11. The Shape of Punk is Dumb
12. Waterfalls

ÉCRIT PAR : PHIL VAI

Publié le octobre 24, 2018, dans Hardcore, Hardcore Mélodique, Musique, Punk, Punk Rock, Rock Hardcore, et marqué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Mettre ce permalien en signet. Laisser un commentaire.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment ce contenu :