(Chronique) The Dirty Nil, un punk’n’roll qui fait des ravages!


  • THE DIRTY NIL

  • MASTER VOLUME
  • [DINE ALONE RECORDS]
  • Année: 2018 // Genre: PUNK’N’ROLL

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Le groupe de Dundas en Ontario, formé il y a une douzaine d’années par des amis au secondaire, nous présente son deuxième LP. Les attentes étaient grandes après avoir gagné le Juno de la révélation de l’année en 2017 avec l’album Higher Power. Avec un titre comme Master Volume, on pouvait s’attendre à autant de fougue de la part du trio.

Dans la dernière année, le groupe succède les spectacles en ouvrant pour une panoplie de groupes majeurs, dont les styles entrecoupent les multiples facettes de Dirty Nil, tels Against Me!, Billy Talent, Alexisonfire, The Menzingers, The Wonder Years et The Who. Carburant autant une foule géante du Festival d’Été de Québec, qu’une foule compacte des bars du circuit punk (ex. : Katacombes au PouzzaFest), The Dirty Nil a gagné du mordant. Le groupe est influencé par tous les genres de rock, le frontman Luke Bentham affirme qu’ils écoutent autant du bon que du mauvais (« We like all rock music, even terrible rock music. We’ll listen to Kill Em All and My War and then we’ll just listen to Aerosmith and St. Anger »). Master Volume est à la fois trop sale pour du rock et trop technique pour être du simple punk.

L’arrivée du bassiste Ross Miller, suite au départ de Dave Nardi en 2017, a définitivement modifié le son du groupe. Ayant joué aux côtés d’artistes aux styles variés, de Wanda Jackson à Single Mothers, il apporte un groove plus qu’une puissance brute entendue dans Higher Power. De plus, la chimie avec Kyle Fisher à la batterie solidifie la section rythmique. Il faut aussi considérer l’apport de John Goodmanson à la console qui n’a rien de négligeable. Producteur renommé de la scène rock alternative, Goodmanson est reconnu pour son travail avec Sleater-Kinney, Bikini Kill, Blonde Redhead, Blondie, Cloud Nothings, Nada Surf, Pavement, Sepultura, Death Cab for Cutie, Saliva et même Wu-Tang. Il enrichit la latitude sonore du groupe, procurant un son qui nous fait plus « bouncer » que « headbanger ».

Feedback, distorsion et reverb pour l’entrée en matière, et bang, ça commence avec That’s What Heaven Feels Like. La voix de Bentham alterne entre la clarté et le cri râpeux. Expose une touche de grunge et de rock classique ; riffs épurés, mais combien puissants, doublés d’un solo enivrant. Le vidéoclip pour Bathed In Light, 1er extrait de l’album racontant un accident de voiture avec son conducteur qui monte au paradis, représente le mieux ce que le groupe projette : explosion de sons et d’images, une puissance qui comblera les grands et les petits espaces et une intensité qui satisfera les fans de rock, de punk et de grunge. Aussi une satire des groupes rock plus grands que nature qui deviennent des caricatures d’eux-mêmes. Le 2e single Pain Of Infinity, un autre titre avec de la guitare rentre-dedans qui démontre le talent de compositeur de Bentham. C’est le témoignage d’un gars qui veut tout faire pour que sa blonde soit heureuse, même s’il n’a clairement jamais été heureux dans ce couple. Please, Please Me, loin d’être la reprise de la chanson des Beatles, est la chanson la plus frénétique du disque. Du punk à 2 ou 3 accords, un chanteur qui s’époumone, c’est l’heure du mosh pit.

Une pause survient avec Auf Wiedersehen, du moins pour les couplets nos oreilles sillent un peu moins. Quelqu’un qui tend la main dans le vide à l’autre pour se réconcilier dans une relation toxique. Un refrain dense qui vous fera hocher la tête tranquillement. Always High, un second titre d’affilée au tempo plus relax, un troisième sous le thème routier et morbide. On traite ici d’une amitié en mauvaise santé, qui s’est effacée avec le temps, vue par les yeux d’un conducteur mort sur le bord de la route. Le chanteur explique cette fascination pour les voitures et les accidents en soulevant que ces thèmes sont récurrents dans le rock n’roll qu’il écoute, puis qu’en tournée il a vu son lot d’accidents (voir le texte ici : « What can I say, most of the rock ‘n’ roll I’ve consumed in my lifetime has something to do with fast cars, as Van Halen as that sounds […] and we’ve definitely seen our share of roadside carnage travelling in the Southern states »).

Après l’accalmie, ça repart en grand avec Smoking Is Magic ; on augmente de nouveau les BPM, guitare enlevante et une finale à la batterie qui saturera vos tympans. On poursuit avec Super 8, un bon mid-tempo pour expliquer que les plaisirs de la tournée viennent avec le désagrément des motels crasseux. Par après, I Don’t Want That Phone Call, déjà le 3e single tiré de ce jeune LP, parle d’un ami avec des problèmes de consommation, le suppliant d’arrêter pour ne pas le perdre ; sous un ton léger pour traiter d’un sujet grave. On clôt l’album avec Evil Side, de loin la pièce la plus longue de l’album avec ses 6 minutes. On pourrait la classer de chanson d’amour, où le couple est dans sa bulle, seul à se comprendre, partageant un regard cynique sur le monde. The Dirty Nil nous transporte dans une progression lente vers un climax. À mi-chanson, l’ambiance vaporeuse prend une pause lors d’une transition en toute tranquillité, pour graduellement monter de 1 à 10 la magnitude sonique instrumentale.

Un album de rock mélangeant puissance et hargne, simple et complexe à la fois, on pourrait peut-être le qualifier de punk n’roll. Ce groupe à l’attitude de rockstars est toujours au rendez-vous pour défoncer vos tympans autant live que sur album. Énergie brute et impulsive, Master Volume sonne comme un jam de garage longuement travaillé ; une explosion sonore contrôlée et structurée. Un groupe qui produit de la qualité constante. Légère évolution dans le style, un son peaufiné techniquement et lyriquement, mais sans perdre son intensité. Du talent en croissance permanente, avec une énergie toujours brûlante. Peu de groupes peuvent se vanter de jouer à CHOM tout en provocant des circle pits partout où ils passent.

Après une tournée européenne, ils s’arrêteront le 27 novembre à l’Escogriffe avec Dead Soft lors d’une de leurs nombreuses dates nord-américaines.

1. That’s What Heaven Feels Like
2. Bathed In Light
3. Pain Of Infinity
4. Please, Please Me
5. Auf Wiedersehen
6. Always High
7. Smoking Is Magic
8. Super 8
9. I Don’t Want That Phone Call
10. Evil Side

ÉCRIT PAR : PHIL VAI

Publié le septembre 25, 2018, dans Musique, Punk, Punk Rock, Punk'N'Roll, Rock Alternatif, et marqué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Mettre ce permalien en signet. 1 commentaire.

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