(Entrevue) On part à la rencontre des Leptik Ficus


  • LEPTIK FICUS

  • [GUERILLA ASSO]
  • VILLE: MONPELLIER // PAYS: FRANCE

  • /

Noms : Alex Instrument : Batterie
Noms : Raph dit Fonzy Instrument : tentative de guitare

Leptik Ficus, vous venez de Montpellier, dans le sud de la France, comment décririez-vous votre ville natale ? Ce n’est pas trop dur d’avoir chaud toute l’année, alors que pour nous ici, c’est juste un concept ?

Raph : Hahaha. Montpellier c’est la ville des Sheriffs, un super groupe qu’on adore et qui a bercé notre enfance, c’est un peu l’équivalent des Vulgaires Machins chez vous, mais en plus vieux. Pour sûr, la plage c’est super, mais difficile à supporter avec un blouson de cuir par 38°. Mais accompagné d’un bon beignet sur la plage on survit. Si j’avais pu je t’en aurais ramené, mais le problème c’est que je ne pense pas que cela aurait pu passer la douane… Trop gras…

Alex : Bonne entrée en matière ! C’est vrai que la chaleur est torride ici. Mais comme disaient les Sheriff « Soleil, pas soleil. C’est tout le temps pareil ». La vérité c’est que Montpellier attire tous les abrutis qui cherchent le soleil justement. Ce qui est à mon avis, l’une des pires raisons pour aller s’installer quelque part.

leptikficus-1

Le groupe est né en 1996, le projet est parti d’un jamme entre ados, pourquoi avoir choisi spécifiquement le style punk ?

Raph : Comme beaucoup d’ados je crois finalement : le besoin de dire des choses mais sans trouver les mots pour le faire. Le sentiment de ne pas être le bon pote que tout le monde cherche, ou le mec qui fait marrer tout le monde, ou qui suscite l’admiration dans ses études. En fait, chaque jour qui passe, je continue à me dire que le punk rock accompagne ma vie, dans une société où tout doit être conforme… Cela m’aide…

Alex : Je crois pas que Raph et Lamasse (bassiste d’origine) aient choisis le punk comme style au départ. Ça frisait même un peu trop avec le néo métal à l’époque. Mais oui il est vrai que les valeurs du Punk rock l’on emportées suite à mon arrivée en 2002. J’étais plus dans ce style qu’eux avec Mum is Trunk. Au début on accompagnait souvent des amis en free party et on jouait sur des palettes au milieu de teufeurs complètement défoncés. Je crois que le punk rock nous dit que tu peux t’y mettre et faire comme tu le sens. C’est assez tentant quand on a 15 piges. Aujourd’hui c’est l’inverse. Ne fais surtout pas comme tu le sens. Fais comme tout le monde te dit de faire.

leptikficus-2

Vous avez combien de concerts à votre actif ? Quel est celui qui vous a le plus marqué ?

Raph : Si jouer dans un kebab avec une clim qui fuit sur les enceintes est considéré comme un concert, alors je dirais peut-être une petite bonne centaine voire 150 ??? Le concert le plus fou, je dirais l’Élysée Montmartre. Même si je préfère 100 fois le jour où on a pris la place d’un groupe de reprises. Les gens nous jetaient des glaçons dans la tronche…

Alex : Je n’en sais rien. Je dirais peut-être 100/150. Ça fait pas lourd… Les derniers concerts qu’on a fait étaient les meilleurs. Notamment à Clermont-Ferrand au Raymond Bar. Un endroit vraiment excellent. Style de squat/salle de concert autogéré intelligemment qui dure depuis 15 ans. Les lieux « autogérés » ou du moins indépendants sont une nécessité absolue pour faire de la musique comme on le veut.

Ficus.jpg

Quelle est la recette pour la longévité de ce groupe ? malgré les changements de membres et l’interruption, il a tenu le cap.

Raph : L’envie probablement, et puis nous « les jeunes » on aime bien faire la fête. Et finalement, c’est aussi un peu le truc qu’on arrive à peu près, presque, à pas faire trop mal.

Alex : Quand on avait 20 ans, Raph me disait qu’à 35 ans ça serait fini tout ça. Et là, on fait notre première tournée québecoise à 35 ans passés. Donc j’en sais rien. Je dirais l’envie de faire de la musique ensemble ? Pour ma part, que j’ai mis à peu près 15 ans à être à l’aise avec la batterie. Il serait donc dommage de laisser tomber après tous ces efforts, maintenant que je sais à peu près jouer ! C’est aussi parce que je suis l’un des seuls batteurs au monde à supporter Raph.

Leptik Ficus c’est deux albums « Sale Ambiance » et « Rock and Roll et Flatulences », ainsi qu’un nouvel EP « Mourir dans l’Anthropocène » que l’on peut clairement qualifier d’engagés, est-ce que l’humour et le cynisme sont des armes pour vous ?

Raph : L’humour, la répartie, le cynisme sont de super vecteurs pour nos chansons. C’est d’ailleurs souvent source d’incompréhension avec le public qui n’a aucun humour  C’est un peu comme les humoristes d’autre fois (parce que maintenant ça sent un peu le réchauffé), un discours militant sur fond de raillerie populaire. On est pas là pour donner des leçons de Morale, mais juste pour réfléchir ensemble.

Alex : « Mourir dans l’Anthropocène » tu trouves ça plutôt drôle ou cynique ? Disons que il y à une nécessité absolue de changer radicalement les rapports de production/consommation si on ne veut pas laisser une planète invivable aux générations futures. Et nous considérons que nous avons une responsabilité par rapport à ça. Nous ne concevons pas la musique comme un simple divertissement. Il y a toujours une dimension engagée dans le fait de faire un groupe de punk rock. C’est indissociable pour moi. C’est à ça que sert le punk rock. A montrer qu’on peut faire les choses autrement.

leptik

Vous avez un site internet qui est vraiment bien réalisé : Leptikficus.club.
J’ai été intriguée par la bannière « No Facebook, No Cash, No Friends ». C’est pour vous un gage de qualité ?

Raph : Ne pas avoir de Facebook et ne pas appartenir à ces plateformes de diffusion massive est clairement un choix militant. Aujourd’hui, il est devenu quasi impossible pour un groupe de survivre sans. Ne serait-ce que pour faire de la promo. Aujourd’hui, il est devenu plus facile de le faire que de ne pas le faire finalement. Le numérique est omniprésent dans nos vies mais tout le monde semble indifférent aux usages individuels que nous en faisons et aux impacts que cela a socialement, économiquement, politiquement. Chaque clique avec ta souris cautionne une philosophie, encourage une organisation, un modèle économique. À mon sens nous sommes dans une forme de déni collectif de nos usages, protégés sous le joug de « ce que je fais n’a pas d’impact »… Alors qu’il faudrait se dire «  mais ce que nous faisons collectivement en a un ». La plupart de ces grandes compagnies du numérique ne produisent rien, elles agrègent le contenu des utilisateurs, nous sommes donc la force de travail de ces plateformes. Comment s’investissent-elles en retour dans notre monde ? En diffusant des bastons de lycéens à l’école ? En te matraquant la gueule de publicités intempestives ? Je ne connais pas de groupe aujourd’hui qui se soit posé cette question. Pourtant la majorité des textes de ces mêmes groupes défendent des principes de libertés individuelles auxquelles ces plateformes n’adhèrent pas mais sur lesquelles les groupes, eux, sont adhérents.

Alex : On peut dire ça oui. Étant donné qu’on est le meilleur groupe du monde sans argent, sans Facebook et sans amis, on peut être certain d’avoir à faire à un authentique produit de qualité. (plus d’infos sur ce sujet sur notre site web)

Qu’est-ce que vous ressentez en général quand vous montez sur scène ? vous sentez-vous investis d’une mission de mise en garde concernant les dérives du système ?

Raph : Personnellement, j’aime bien démystifier les concerts. Faire comprendre aux gens que nous sommes simplement une bande de potes passionnés qui jouons de la musique ensemble depuis longtemps. J’en ai ras le bol de voir des groupes qui enchaînent un répertoire millimétré ou qui nous servent des beaux discours sur « c’est pas bien la guerre, le capitalisme c’est mal, les politiciens sont méchants » à toutes les sauces. Ce qui nous intéresse c’est plutôt de ressentir qu’on peut produire ensemble une super énergie pendant les concerts, peu importe si y’a 3 ou 300 personnes dans la salle. On le fait ensemble. Il n’y a pas de spectateurs ni de musiciens, mais juste des gens qui produisent un beau moment ensemble. Pour le reste, on donne tout avec ce qui reste de notre carcasse un peu rouillée, et on reste nous-même, nature, comme dans la vraie vie finalement…

Alex : Je dirais pas ça. Ce serait même l’inverse. Je n’aime pas personnellement qu’un groupe qui monte sur scène me dise comment me comporter dans la vie ou dans la fosse. Par contre, il y a bien un processus collectif à l’œuvre entre le groupe sur scène et le publique venu l’écouter. Une sorte de mise en scène de la possibilité de transmission de valeurs, de goûts, d’idées. On participe à ce processus en tant que groupe. Mais pour pouvoir y parvenir il faut que les gens puissent faire ce qu’ils veulent en concert et expérimenter une forme d’autogestion collective. Avant pendant et après le concert. C’est ce qui est impossible dans les gros rassemblements sponsorisés, ou les SMAC de France totalement aseptisées.

leptikficuss

Comment fait-on pour « Réveiller le punk qui sommeille en chacun d’entre nous » ? Pour reprendre vos propres mots.

Raph : Hmmmm tu confonds avec Svinkels je crois, mais on adhère à fond ! Penser collectivement, sans appartenances, sans règles, sans classe sociale et sans conformisme.

Alex : Je sais pas ce que Svinkels pèse chez vous, mais ces mots viennent d’eux. Pour fournir un élément de réponse, je ferais miens les mots de Raph qui explique régulièrement que : « On devrait déjà être en train de tout péter ».

Leptik Ficus, c’est malheureusement dix ans loin de la scène punk. Dans votre biographie, vous parlez d’un « stand by », est-ce que l’on peut en savoir plus à ce propos, quelles en sont les raisons ?

Raph : J’ai eu des soucis de santé, et il fallait bien gagner sa vie… Aujourd’hui, on en revient car le punk rock fait partie intégrante de nous. Pas seulement dans la musique, aussi dans une façon de penser assez ouverte et détachée qui nous accompagne partout, dans le taf dans nos relations… Un peu plus on s’rait des hippies putain !

Alex : J’ai quitté Leptik en 2006 pour Jouer avec Guérilla Poubelle car Leptik n’avançait pas assez vite à mon goût à l’époque. J’ai commencé Les Rasoirs Électriques en 2009 avec Raph et Lucas (les membres actuels de Leptik) et lorsqu’on a arrêté les Rasoirs en 2015 on a redémarré Leptik.

rasoirs

Pendant ces dix ans, vous avez continué à entretenir les objectifs du groupe ? ou vous avez tout laissé de côté en attendant que l’orage passe pour d’autres projets plus personnels ?

Raph : En fait on a toujours joué ensemble dans un ou plusieurs groupes.

Alex : Personnellement j’ai fait deux enfants. J’ai aussi un groupe à Lyon (Raincheck) qui m’a permis de reprendre la batterie car j’avais pas mal perdu à force de jouer de la gratte comme une patate dans les Rasoirs.

raincheck

Vous vous préparez à conquérir la scène québécoise, et plus largement canadienne d’ici quelques jours, avec une belle tournée en perspective. Est-ce que faire des shows au Canada est pour vous un accomplissement ? est-ce que vous êtes excités, et ou un peu anxieux ?

Raph : Un rêve de gosse

Alex : Pour nous c’est l’Amérique. Grosses caisses de bières bouteilles à 4% dans la glace. Gros véhicule GMC avec grosse poutine smoked meat. Par contre, c’est vrai que cette tournée ne sera pas rentable ou très difficilement. Notamment à cause des prix des billets d’avion à cette période. On espère avoir du monde pour compenser ! Heureusement on a des amis sur place qui nous ont filé des coups de main pour l’hébergement, le matos, le booking. Je tiens particulièrement à remercier Ken, Alex (Coucou), Brice, Antoine et Marjo de Barricade Punk.

Quel est pour vous la chose incontournable à faire au Canada pendant votre tournée, (mis à part goûter les meilleures bières du monde) ?

Raph : Haha. Si on n’est pas raccompagné à la frontière avant la fin du séjour c’est déjà pas mal non 😉 Pour le reste Alex est déjà parti quelque fois, moi je connais pas du tout alors je vais croquer tout ça à pleines dents. Savourer les rencontres, découvrir des groupes, voir comment le monde marche chez vous… En attendant que Lucos vous montre comment on fait pour boire la bière une fois que vous l’avez produite.

Trop hâte d’y être en tous cas ! On se voit au concert.

Alex : Goûter une Pouzza et découvrir enfin ce qu’est la fameuse « Toupie Québecoise »…

ÉCRIT PAR : MARJOLAINE MANCASSOLA

Publié le juillet 4, 2018, dans Événement, Musique, Punk, Punk Francophone, Punk Rock, Rock, Rock Francophone, Tournée, et marqué , , , , , , , , , . Mettre ce permalien en signet. 1 commentaire.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment ce contenu :