(Entrevue) Quand hardcore et straight edge riment avec J-P Lagacé!

  • JEAN-PHILLIPE LAGACÉ

  • [INDÉPENDANT]
  • VILLE: QUÉBEC// PAYS: CANADA

Je dois avouer que je suis choyé de la vie puisque j’ai la chance de jacasser avec des artistes de cette merveilleuse scène. Des artistes généreux qui acceptent sans hésiter de jaser et se livrer à nous.

Cette fois-ci, je vais laisser de côté le chef-d’œuvre littéraire et laisser le garrochage de lettres et de mots à Jean-Philippe « X » Lagacé, un gars extrêmement intéressant à écouter (lire). L’entrevue que j’ai eu la chance d’exécuter avec lui peut paraitre longue, mais elle est tellement divertissante et enrichissante que ça prend 6 minutes à parcourir!

Bref, lisez donc ça avant de poursuivre ce que vous êtes en train de faire! C’est une obligation!

1- Je désire entamer cette entrevue en te lançant deux questions en une : l’amour du hardcore est venu de quelle façon? Comment as-tu lancé ta carrière hardcore?

Mon engagement au sein de la communauté hardcore est indissociable de cette lointaine et intime relation que j’entretiens avec la culture metal depuis les 15 dernières années. Mes premiers contacts avec la musique extrême s’opèrent dès l’âge de 12 ans par le biais des Slayer, Sepultura, Pantera, Anthrax, Exodus, Dio et Iron Maiden de ce monde. Grand bien fasse à ces jeunes délinquants de l’époque à mon école primaire qui, grâce aux cassettes qu’ils me filaient clandestinement dans la cours de récréation, auront su fait naître en moi l’étincelle de révolte sans laquelle je ne me serais probablement jamais intéressé aux contre-cultures en général. J’ai ensuite été rapidement attiré par la culture punk des années 90 de par son caractère insurrectionnel. AFI, Good Riddance, No Fun At All, Pennywise, The Offspring, entre autres, ont rapidement gagné mon assentiment. Mais ce sera véritablement à partir de 15 ans, lorsque je mets la main sur Satisfaction Is The Death of Desire de Hatebreed que je découvre l’univers du hardcore. La conversion se concrétise formellement lorsque j’assiste pour la première fois à un concert de In Dying Days à L’X en 2000 dans la région de Montréal; dès le premier stage dive, j’étais conquis! L’agressivité du groupe et le chaos généralisé qui régnait dans la salle ont eu tôt fait de trouver écho dans mon esprit de jeune rebelle arriéré. Je n’ai alors eu de cesse de courir les concerts et de former des groupes depuis. Si j’ai davantage joué dans des groupes punks et post-hardcore dans ma jeunesse, mon premier projet proprement hardcore remonte à 2005 avec la formation Bridge Too Far. Loin de moi l’idée de parler de l’amorce d’une « carrière » cependant. Le hardcore ne devrait jamais devenir profession, et c’est bien parce qu’il s’inscrit précisément en porte-à-faux avec la logique économique de l’industrie culturelle qu’il conserve son caractère de contre-culture. C’est pourquoi je préférerai toujours parler du hardcore comme d’un mode de vie plutôt que d’une carrière.

2- Si tu n’as pas nommé tes influences à la première question, peux-tu me les étaler juste ici?

Rien de ce qui entoure la musique que je crée aujourd’hui n’est étranger aux Slayer, Sepultura, Anthrax qui ont bercé ma jeunesse et mon adolescence. Le thrash metal opèrera toujours une influence décisive dans ma manière d’appréhender la musique extrême. Du côté proprement hardcore, les classiques Age Of Quarrel de Cro-Mags et Bringin’ It Down de Judge m’ont profondément marqué. Mais ce sont particulièrement les années 90 qui ont joué un rôle capital dans ma vie; Strife, One King Down, Ringworm, Integrity, Sick Of It All, Indecision, Inside Out, All Out War, A Death For Every Sin et de nombreux autres ont accompagné des moments déterminants de mon existence. Mention toute particulière à Our These Our Lives de Trial paru en 1999 qui m’a non seulement instruit sur la possibilité d’écrire du hardcore de manière intelligente, éclairée et socialement engagée mais qui montre encore aujourd’hui l’indissociable relation que le hardcore se doit d’entretenir par rapport au politique. Greg Bennick, chanteur de la dite formation mais aussi un ami, incarne encore aujourd’hui une source d’inspiration continuelle à la fois sur les plans musical et humain. Enfin, d’un point de vue plus spécifiquement vocal, il va de soi que les Zach De La Rocha de Rage Against The Machine et Davey Havok du AFI des années 90 sont des frontmen que j’ai toujours tenus en haute estime.

3- J’affectionne de plus en plus la mode straight edge, peux-tu expliquer au lectorat qu’est-ce que c’est pour toi ce mode de vie? Depuis quand tu l’emploies… et pourquoi?

Cette question mériterait à elle seule un ouvrage complet. Or, à défaut de vouloir m’éterniser dans un exposé terminologique et historique du mouvement qui alourdirait inutilement l’entretien, je me contenterai d’exposer mon interprétation du mouvement et des raisons qui justifient mon adhésion à celui-ci. Précisons d’entrée de jeu qu’il ne s’agit pas d’une mode car ce serait là réduire le straight edge à un choix de consommation alors qu’il n’en est rien. Né de la chanson du même titre écrite par Minor Threat et parue en 1981, le straight edge s’inscrit véritablement comme une contre-culture à même le mouvement hardcore. Il se présente comme une forme de résistance à la culture de l’intoxication et de l’excès qui gangrène le mouvement punk de l’époque. Pour en tracer grossièrement les traits distinctifs, cette réaction contre le no future de la première vague punk consiste à refuser systématiquement toute forme de substance psychotrope (alcool et drogues récréatives en tout genre) et de promiscuité sexuelle, à savoir toute forme de rapport interpersonnel qui consiste à calquer sa sexualité sur un rapport marchand où l’on change de partenaire comme l’on substitue une marchandise par une autre. Ce mode de vie trouve sa justification première dans la chanson Out Of Step de Minor Threat : « I don’t drink, I don’t smoke, I don’t fuck, but at least I can fucking think.’ » Aux lecteurs qui aimeraient en savoir davantage sur les origines historiques et les implications sociologiques du mouvement, je vous invite à consulter l’ouvrage de Ross Haenfler ;

Straight Edge: Hardcore Punk, Clean Living Youth, and Social Change publié chez Rutgers University Press de même que Sober Living for the Revolution de Gabriel Kuhn, publié chez PM Press.

Pour ma part, je suis straight edge depuis maintenant 11 ans et mon adhésion au mouvement trouve sa justification dans un argument en deux volets : philosophique et politique. Si tant est qu’il soit possible de mener une vie qui vaille pleinement la peine d’être vécue, il m’a toujours semblé que cette expérience authentique de l’existence passe d’abord par la possibilité de poser un regard pleinement éclairé et averti sur soi et sur ce qu’est le monde. L’alcool et la drogue agissent généralement comme des antalgiques, c’est-à-dire qu’ils rendent simplement supportable ce qui, dans la vie, nous apparaît insupportable. Ils s’inscrivent en ce sens comme une fuite, un échappatoire qui nous amène à nier momentanément la vie réelle et à en fuir le caractère tragique; on boit ou on consomme pour se « détendre », c’est-à-dire pour oublier ce qui nous arrive, ce qui nous trouble, voire même pour s’oublier soi-même et devenir quelqu’un d’autre; comme si s’aliéner, être dans un ‘’autre’’ état, devenir étranger à soi, devenir étranger au monde était le meilleur moyen de bien vivre dans le monde. Il m’a toujours semblé qu’il y avait quelque chose empreint de religiosité dans cette attitude de celui ou celle qui cherche à fuir la réalité au profit d’un autre état d’être.

Personnellement, à l’attitude de la personne qui croit nécessaire de consommer pour parvenir à une expérience jouissive de la vie, je préfère rechercher l’ivresse dans la sobriété; c’est-à-dire de vivre pleinement le monde, l’assumer tel qu’il est dans ce qu’il a à la fois de plus magnifique et de plus tragique et ce, en toute connaissance de cause. C’est là ce qui m’a toujours semblé être le seul de moyen d’assumer pleinement sa liberté; vivre sans béquille, sans prétexte pour se déresponsabiliser de ses fautes, canaliser son mal de vivre dans quelque chose de créateur et non pas l’anesthésier : autrement dit, mener le combat pour la vie à hauteur d’homme plutôt qu’à titre de victime. D’autre part, d’un point de vue plus politique, force est de reconnaître que les substances psychotropes demeurent un puissant outil de contrôle des esprits et de discipline des corps au service de l’ordre établi. D’ailleurs, comprendre le lien qui existe entre la toxicomanie et les conditions socio-économiques des individus nous éclaire sur la portée éthique et politique de ce qui nous semble, de prime abord, un simple choix de consommation mais qui pourtant possède des incidences désastreuses sur le lien social.

En effet, force est de reconnaître que la consommation de drogue et d’alcool s’inscrit dans un contexte de malaise sociétal, d’inégalité des chances et qu’elle se trouve à avoir partie liée avec de nombreux troubles qui assaillent les populations locales: montée du chômage, pauvreté, dégradation de la qualité de vie, viols, violence domestique, suicide, criminalité, etc. Et cette corrélation est d’une évidence incontestable. En effet, le meilleur moyen de maintenir en place un système de privilèges qui s’opère au profit d’une minorité et grâce à l’oppression du plus grand nombre consiste à maintenir la masse dans un perpétuel état d’anesthésie qui l’empêche de prendre conscience de sa condition puis d’y mettre un terme.

Déjà au XIXe siècle, l’écrivain américain Frederick Douglas, par exemple, démontrait le lien étroit qui existait entre la culture de l’intoxication et l’esclavage. Il décrivait dans ses récits comment les maîtres d’esclaves encourageaient les communautés noires à boire jusqu’à l’excès afin de distortionner leur perception de la liberté, inhiber leur volonté d’insurrection puis faciliter la docilité et la passivité de ceux-ci le reste de l’année. L’arrivée des liquor stores dans les quartiers noirs des États-Unis de même que l’introduction du crack par la CIA dans ces mêmes communautés sont nombres d’exemples qui démontrent encore ce rapport de corrélation logique qui existe entre oppression sociale et culture de l’intoxication. Pis encore, il faut reconnaître que la drogue et l’alcool jouent un rôle déterminant dans le processus de déshumanisation qui permet la logique de l’oppression. L’une des clés dans la maintenance d’un système de domination consiste à rendre le bourreau insensible à l’égard de sa victime de manière à ce qu’il voit cette dernière comme quelque chose indigne d’être traitée moralement. Difficile de s’étonner alors qu’une proportion significative des cas de violence conjugale, de viol ou de violence sexuelle implique des agresseurs qui soient sous l’influence de drogues ou d’alcool. Bien qu’il ne faille pas en déduire que l’intoxication cause la violence, il serait toutefois malavisé de ne pas prendre en considération la corrélation logique qui existe pourtant bel et bien entre les deux phénomènes. En somme, refuser catégoriquement de prendre part à la culture de l’intoxication, c’est déjà participer au démantèlement de ces conditions qui rendent possible la perpétuation de ces systèmes d’oppression dégradant les communautés vivantes. Et cela me semble déjà une justification suffisante pour ne pas consommer.

4- Et selon toi, ton entourage voit ça comment ton mode de vie? Est-ce que certaines personnes ont emprunté ton parcours menant au Straight Edge?

Ayant un entourage pour le moins restreint et qui entre déjà en résonance avec mes convictions éthiques et politiques, il faut admettre que mon choix de devenir straight edge n’a pas provoqué de débats bien vifs. J’évite généralement de m’entourer de gens qui ne brillent que par leur bêtise et leur

étroitesse d’esprit. S’il m’a été donné d’avoir toutefois d’intéressantes discussions avec des camarades qui, dans certains cas, ont choisi ultérieurement de devenir edge à leur tour, la plupart des personnes qui me sont très intimes sont des gens qui consomment de l’alcool ou de la drogue ou les deux. Mais qu’à cela ne tienne, jamais je ne leur en tiendrai rigueur et cela ne m’empêchera en rien de les aimer. J’ai toujours refusé de jouer la carte du militantisme dogmatique. J’ai toujours tenu les moralisateurs en horreur; ceux-ci reproduisant plus souvent qu’autrement la barbarie de laquelle ils prétendent nous affranchir. Je préférerai toujours l’éthique de la discussion à la logique fasciste de l’imposition.

5- Get The Shot, ton groupe, roule depuis 2009 et la frénésie est de plus en plus palpable… Au départ, est-ce que vous vous attendiez à ça?

En fait, je ne sais trop si une telle « frénésie » à l’égard du groupe existe vraiment et je ne crois pas que l’on ait jamais bénéficié d’un véritable hype au sens propre du terme. Mais peut-être est-ce ma vision de l’intérieur du groupe qui m’empêche de percevoir notre réalité de manière objective. Toutefois, chose certaine, nous avons bénéficié d’un support inconditionnel d’une foule de kids plus généreux et brillants les uns que les autres, non seulement depuis la parution de No Peace In Hell en 2014, mais depuis nos tout premiers débuts en 2009.

Les gens de Rimouski, Victoriaville et Chandler ont d’ailleurs été les premiers à nous donner notre chance à l’origine et nous leur en serons toujours reconnaissants. Aujourd’hui, nous avons le privilège de dire que nous nous sommes faits des amis aux quatre coins de la planète. Nous serons notamment en tournée à Cuba pour la première fois en août prochain, ce qui est particulièrement fascinant lorsqu’on y pense. Il y a d’ailleurs quelque chose d’extrêmement impressionnant à pouvoir vivre ces instants d’extrême intensité avec des kids qui partagent le même sentiment d’étrangeté que soi à l’égard du monde extérieur. Et c’est là tout ce qui fait la beauté du milieu hardcore : la possibilité de communier avec des gens qui tiennent nos souffrances en partage et de se sentir chez-soi n’importe où en ce bas monde, que ce soit dans un caveau au fin fond de la République Tchèque, dans un lieu autogéré en Allemagne ou dans une salle communautaire en région au Québec.

Bien que l’on écrive toujours que pour soi, pour mettre en forme ses propres névroses, il demeure que ce sont ces kids roulant parfois jusqu’à des centaines de kilomètres pour voir 30 minutes de prestation qui donnent encore un sens à nos complaintes et qui finissent par devenir notre première famille. Et c’est probablement cette expérience proprement humaine, ces rencontres surprenantes aux quatre coins du globe, ces visages inspirants qui me permettent encore d’aimer le hardcore même après toutes ces années.

6- Celle-là, je dois la poser : tu te déchaînes comme un mongole en concert, tu te sens comment après une telle prestation?

Pour être honnête, je ne me sens guère bien différent d’avant les concerts. Je suis, par nature, un énergumène pour le moins tourmenté : trop triste pour vivre pleinement mais trop désillusionné pour croire que la mort a davantage à nous offrir que la vie. Mes névroses s’apaisent généralement l’instant d’une prestation de 30 minutes puis les démons finissent par rejaillir peu après. Mais force est d’admettre que je ne jouerais pas de hardcore s’il en était autrement. Si je n’étais pas profondément malheureux, je ne verrais en rien la nécessité de vomir mes tripes dans un micro.

C’est parce que j’ai l’impression d’être perpétuellement écartelé entre l’impossibilité de vivre et de mourir, parce que je sens que c’est là l’unique moyen de conférer un semblant de sens au naufrage de ma vie que je continue de faire cette musique. Le philosophe roumain Cioran prétendait paradoxalement que c’était l’idée du suicide qui l’avait empêché de se tuer sur le champ malgré le désespoir qui le terrassait, que c’était justement la possibilité qu’il avait de mettre fin à ses jours qui lui permettait de supporter le poids de l’existence. Or, si j’avais à faire ma propre psychanalyse, je dirais, en ce sens, que chaque show est pour moi un suicide différé, un acte contre ma personne où je cherche à me venger de la vie pour la rendre plus supportable. Ce qui expliquerait pourquoi je me déchaîne à l’excès en concert, que les pulsions de mort prennent rapidement le dessus et que je pousse mon corps à la limite.

7- Parle-moi donc de votre prestation de malade au Rockfest 2015! J’imagine que vous en avez entendu parler longuement? De mon côté, j’arborais ma camisole de Get The Shot et plein de punkeux en étaient jaloux!

Le spectacle en soi a été exceptionnel. Le fait que des camarades de partout au Québec étaient présents au même endroit au même moment a nécessairement contribué à rendre l’expérience plus épique que jamais. Sans contredit un moment qui restera gravé dans nos mémoires. Mais j’ai d’autant plus apprécié d’avoir l’opportunité de piquer la curiosité de ceux qui ne nous connaissaient pas, pour le meilleur et pour le pire. Car de prime abord, notre participation au Rock Fest était, entre autres, motivée par la volonté de présenter un propos différent du discours marchand typiquement diffusé dans ce genre de festival.

Si l’ampleur de la visibilité qu’offre cet événement est incontestable et très intéressante, il m’apparaissait alors encore plus capital de faire un usage éclairé de cette tribune. Certaines gens, n’ayant toujours été en contact qu’avec la musique mainstream sur les ondes commerciales, n’ont jamais eu la possibilité d’entrevoir la musique autrement que sous l’angle du produit de consommation. Or, en performant dans ce genre de festival grand public, il est non seulement possible d’introduire des jeunes à la culture hardcore, de les sensibiliser au rapport entre l’éthique et la musique mais surtout de les amener à s’investir dans leur propre scène locale, à participer aux véritables spectacles qui sont organisés pour et par les kids, voire même à prendre des initiatives dans leur communauté respective.

Certains nous reprocheront d’avoir pris part au Rock Fest sous différents motifs que je comprends et respecte. Cependant, si tant est que l’on considère le hardcore comme un véritable moteur de transformation sociale et de pensée critique, je considère que nous avons tout intérêt à le sortir des milieux underground occasionnellement – et sous certaines conditions – pour le confronter à la logique dominante et aux masses afin de sensibiliser ces jeunes qui, éventuellement, incarneront cette relève qui aura pour tâche de garder les milieux alternatifs vivants et authentiques.

Je revisionnais récemment le passage de Ray Beez, chanteur de l’emblématique groupe Warzone, au Regis Philbin Morning Show en 1986 pour y discuter de la culture hardcore new-yorkaise et je considère encore qu’il y a quelque chose de tout à fait légitime à vouloir batailler la société-spectacle sur son propre territoire. Si les résultats obtenus ne sont pas toujours ceux escomptés, on peut à tout le moins avoir le sentiment profond d’avoir agi concrètement et d’avoir mis ses idées à l’épreuve. Tous n’apprécieront pas nécessairement cette « vocation » pédagogique que je confère au hardcore. Mais j’ai toujours cru que si l’on congédie tout le caractère critique de cette musique, que si on la détache de ses racines profondément contestataires et de l’idéal de société qui la sous-tend, que si l’on évite de le confronter directement aux formes de pouvoir que l’on conteste et qu’on préfère cultiver la logique sectaire du « on ne s’adresse qu’aux puristes » alors tout ce qui entoure cette contre-culture est condamné à devenir aussi futile, aussi insignifiant et aussi vide que la musique commerciale.

8- En passant, à quel organisme se dirigeaient (ou se dirige) les profits de votre marchandise?

Le hardcore ne devrait jamais devenir une entreprise lucrative visant l’enrichissement des individus. Si tant est qu’on le considère comme quelque chose de plus qu’un simple genre musical et qu’on reconnaît l’éthique et les valeurs aux fondements du mouvement, il va de soi qu’il était inadmissible pour nous de profiter économiquement d’un évènement à grand déploiement comme le Rock Fest. Voilà pourquoi tous les profits liés à la vente de marchandise lors de l’événement ont été remis à Rose Du Nord, un organisme sans but lucratif situé à Québec qui vient en aide aux femmes en situation de précarité. Il s’agissait d’un choix évident à mes yeux dès lors que l’on reconnaît qu’actuellement, les femmes sont celles qui subissent de manière la plus prononcée les foudres des mesures d’austérité et des coupures qui s’opèrent dans le secteur public.

9- Petite question qui gambade dans mon encéphale : es-tu en mesure de vivre que de Get The Shot au moment d’écrire ces lignes? Si la réponse est non, que fais-tu afin d’empocher quelques huards supplémentaires?

Au risque de me répéter, le hardcore n’est pas et ne sera jamais une carrière. Il restera cependant toujours un mode de vie voire même, dans mon cas, un moyen de survivre et de rendre supportable les affres du quotidien. Comme tout le monde, je n’ai d’autre choix que de travailler aussi pour survivre lorsque nous ne sommes pas sur la route. J’ai toutefois le privilège d’exercer le plus beau métier du monde : je suis professeur de philosophie au cégep. Ainsi, lorsque je ne stage dive pas sur mes camarades de show, je m’affaire à corrompre la jeunesse dans une salle de classe. Musique et pédagogie ont toujours fait bon ménage dans ma vie. Et dans les deux cas, bien que mené sur des fronts différents, le combat m’apparaît toujours le même : susciter la réflexion critique, canaliser ce qui nous accable dans une activité créatrice et apprendre, non seulement à penser sa vie, mais aussi à vivre ses idées.

10 – Je te laisse le mot de la fin JP!

Supportez votre scène locale, montez des groupes et prenez des initiatives pour faire vivre cette musique. Merci à Barricade Punk pour l’entrevue et aux lecteurs d’avoir eu le courage de me lire jusqu’à la fin!

ÉCRIT PAR : JEFF ROUIN

Publié le juillet 13, 2015, dans Acoustique Punk, Hardcore, Hardcore Métal, Hardcore Thrash, et marqué , , , , , , , . Mettre ce permalien en signet. Laisser un commentaire.

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