Entrevue avec Alex, chanteur de Francbâtards


  • FRANCBÂTARDS

  • [INDÉPENDANT]
  • VILLE: MONTRÉAL // PAYS: CANADA

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Vers la fin de janvier, au début de BP, je devais faire une petite entrevue par écrit avec Alex, l’un des chanteurs de la formation Franbâtards, mais avec la tonne de travaille que je n’avais pas prévu, le temps a passé et je n’avais toujours pas contacté Alex. J’ai donc pris le temps de faire une pause et d’écrire à Alex. Voici ce que cela a donné. Je le remercie d’ailleurs pour avoir compris mes imprévus et de m’avoir accordé cette entrevue.

1- Si vous n’aviez qu’une phrase de 8 mots pour décrire le groupe, ce serait quoi?

Reggae festif, ska engagé, party politisé, world punk !

2- Vous existez depuis maintenant 6 ans. Aviez-vous l’intention au début de durer aussi longtemps ou vous avez lancé le projet sans savoir à quoi vous attendre?

Au départ, on était seulement des gens qui étudiaient en cinéma qui se louaient un local de musique pour s’amuser. J’étais même le bassiste pendant les premiers mois. Puis, on a décidé de faire un concert et la réponse a été super bonne, alors on a décidé de continuer. Après trois ou quatre ans, c’est devenu de plus en plus sérieux. Il faut dire qu’aujourd’hui, avec les 5 autres musiciens qui jouent avec nous et qui ont étudié ou étudient encore la musique, la dynamique à beaucoup changé. Nous sommes trois qui sommes là depuis le début, soit moi (Alex, au chant), Jérôme qui chante et joue de la guitare et Simon, lui aussi guitariste.

3- Pourquoi avez-vous décidé d’intégrer le rap à vos compositions? Est-ce d’une grande importance pour vous?

C’est venu naturellement. Autant moi que Jérôme, on était plus à l’aise avec le rap. Maintenant les chansons intègrent beaucoup plus de chant. On s’est amélioré avec les années. Reste que le rap amène une signature pour Francbâtards, car il n’y a pas beaucoup d’autres groupes qui mélange les mêmes styles que nous. On est aussi beaucoup influencé par le vieux rap français et québécois; Assasin, Mc Solaar, Sans Pression ont toujours fait partie de nos vies même si personnellement, je viens de la scène hardcore et Jérôme de la scène « musiques du monde ».

4- Le premier album éponyme est paru l’an dernier, aimez-vous la réaction des gens?

Oui, toutes les critiques qu’on a eu sont assez élogieuses. Ça fait chaud au coeur quand on pense qu’on a parti le groupe avec des musiciens amateurs, étudiants de cinéma. J’ai aussi aimé voir le fait qu’on recevait des critiques et chroniques autant de France, des États-Unis, que du Québec. C’est dire que notre musique peut toucher des gens un peu partout dans le monde. Ça nous motive à continuer et à faire de la tournée.

5- Comment est venue l’occasion d’enregistrer l’album avec Alex Giguère du groupe The Beatdown?

On côtoie la scène reggae/ska depuis un moment déjà. On a eu la chance de partager la scène avec The Beatdown à quelques reprises et c’est un groupe que j’adore. Je connaissais déjà bien le travail d’Alex Giguère qui a enregistré plusieurs albums dont j’aime la sonorité et la réalisation. Je savais qu’il ne mettrait pas son nom sur un projet moins bien fait et que de travailler avec lui nous obligerait à nous dépasser, à pratiquer sans arrêt. J’en ai discuté avec lui et il a été content de travailler avec nous. L’expérience a été super et je recommande à tous les groupes de travailler avec lui.

6- Et l’aspect de critiquer les grands pouvoirs qui dirigent notre société occupe quand même une grande place dans votre album, n’est-ce pas?

Oui, notre musique est au service d’un message. On fait notre possible à chaque concert pour que les gens puissent comprendre nos paroles malgré notre débit de voix extrêmement rapide. On prend l’écriture de nos paroles extrêmement au sérieux. Il s’agit parfois de longues heures de recherche pour s’assurer de ne pas lancer des paroles en l’air. Si parfois nos textes sont plus poétiques et/ou festifs, on veut s’assurer que dans l’ensemble on puisse avoir la chance de parler de ce qu’on vit et de nos idéaux.

7- Ce sera votre première tournée en Europe cet été, comment envisagez-vous cela?

Gros gros défi, cela semble être un point tournant pour beaucoup de groupes. 23 jours dans une van 8 places à 8 personnes, je pense que c’est le genre d’expérience qui permet au groupe de se rapprocher et de voir les intérêts de chacun. Côté booking, la réponse est super bonne, on a des dates super intéressantes qu’on a hâte d’annoncer.

8- Comment était votre passage en Ontario?

Nous avons seulement joué à Ottawa pour le moment. C’est toujours spécial de chanter devant des gens qui ne comprennent pas tout ce que tu dis. Avec nos paroles en créole, c’est déjà le cas pour Jérôme lors de nos concerts au Québec, mais pour moi c’était tout nouveau. J’ai fait quelques erreurs pendant que j’animais entre les chansons dont entre autre de dire de ne pas demander de deuxième rappel sinon j’allais avoir le coeur brisé (heart break) en voulant dire que j’allais avoir une crise de coeur (heart attack) vu que j’étais extrêmement essoufflé.

9- Avec qui rêvez-vous de faire une grande tournée mondiale?

Je pense que personne dans le groupe ne répondrait la même chose. De mon côté 8’6 Crew sans hésiter.

10- Vous dégagez une culture immense avec différents langages, est-ce d’une importance capitale pour vous de toucher le plus de monde possible avec votre musique?

On fait le choix de chanter dans nos langues en ajoutant quelques passages dans d’autres langues pour faire des clins d’œil à nos fans. La musique est festive et on se fait souvent qualifier de reggae international parce qu’on intègre beaucoup de musique du monde. Donc, je pense que musicalement c’est assez accessible, malgré le fait que nos chansons durent six minutes en moyenne. On est pas prêt à faire de la pop ou des choix trop commerciaux pour arriver à être connu donc je dirais que c’est important tant qu’on peut le faire en restant nous-mêmes.

11- La pauvreté est-ce quelque chose qui vous touche?

Oui, on fait souvent allusion à la précarité dans nos textes, au fait d’être sans domicile fixe, etc. Ce qui me dérange particulièrement c’est l’acceptation de l’inégalité si importante. On le disait dans la chanson Ékout sa ti mal sur notre démo : les pauvres de plus en plus pauvres, les riches de plus en plus riches. C’est aberrant de voir que les gens de la classe ouvrière ont souvent plus à débourser que des géants de l’industrie auquel le gouvernement ne charge pas de taxes ou d’impôts pour espérer les garder chez nous. Il est dur de voir l’intérêt de faire couper tous nos arbres par des compagnies étrangères lorsque ça coûte plus chère en prévention de coupe à blanc que ce que les redevances des compagnies nous amènent. Il en va de même pour l’eau et les autres ressources naturelles. Avec les mots « emplois » et « économie », les gouvernements réussissent à nous manipuler assez pour qu’on croit qu’on est gagnant de se faire crosser! Bon j’arrête, je suis en tabarnak juste d’en parler!

12- Que diriez-vous au gens du Québec qui ont encore des préjugés face à l’immigration?

Je dirais que les problèmes d’intégration n’arrivent pas par hasard. Lorsque qu’un gouvernement tel que le Parti Libéral décide de couper dans des programmes qui assurent la transition progressive et les suivis d’intégration, on ne doit pas se surprendre que cela se fasse plus lentement. Il faut dire que dans le mot préjugé il a « pré », et que souvent les gens parlent sans réellement connaître. Il s’agit souvent d’ignorance plus que de méchanceté et je crois que tout cela peut s’améliorer par l’éducation populaire.

13- Et la scène québécoise accorde-t-elle assez d’importance à la scène ska?

Ce serait facile de dire que non. Cela va souvent par période où des styles semblent être plus populaires que d’autres. Ensuite, de manière générale, je pense que beaucoup de gens accorde trop d’importance aux bands déjà très connus. Parfois dommage de voir que 200 personnes vont voir un show de ska américain à 30$ et chialent pour payer 8$ pour un show avec quatre bands locaux. Écoutez nos artistes d’ici!

Il y a plein de bands qui ont rien à envier aux groupes pop ska américains. Lâchons un peu la nostalgie de nos adolescences et donnons la chance aux nouveaux groupes.

14- Le mot de la fin vous appartient;

Merci Barricade Punk pour votre beau projet! Merci aux bands de la scène avec qui on partage de si beaux moments. Merci aux bookers qui nous font jouer un peu partout et donnent la chance aux groupes de s’établir. Allez liker notre page facebook. Vous pouvez télécharger notre album sur bandcamp au prix de votre choix! De petits gestes peuvent faire la différence et rendre notre scène rayonnante.

Je termine avec une petite adaptation des paroles d’un chanteur et poète réunionnais nommé Danyel Waro ;

« Je ne suis pas blanc, je ne suis pas noir, je suis de la nation des Francbâtards. »

ENTREVUE PAR: DESLO

Publié le février 17, 2015, dans Ska, Ska Acoustique, Ska Rap, Ska Reggea, et marqué , , , , , , . Mettre ce permalien en signet. Laisser un commentaire.

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